DPO et RSSI : quelles synergies ?

Culture tech.

Deux métiers qui n'existent pas l'un sans l'autre.

Ces dernières annĂ©es ont vu apparaĂ®tre deux mĂ©tiers clĂ©s dans l’administration des organisations : le Responsable de la SĂ©curitĂ© des Systèmes d’Information (RSSI) – sous la pression grandissante des cyberattaques – puis celui de DĂ©lĂ©guĂ© Ă  la Protection des DonnĂ©es (DPD, et en anglais DPO, Data Protection Officer), sous la contrainte lĂ©gale de protĂ©ger les donnĂ©es personnelles. Deux responsabilitĂ©s diffĂ©rentes, mais complĂ©mentaires et fortement imbriquĂ©es.

Les missions du DPO et du RSSI

La protection des donnĂ©es est une mission rĂ©glementaire du DPO. Cette dernière est apparue en 2018 avec l’instauration du Règlement GĂ©nĂ©ral pour la Protection des DonnĂ©es Personnelles (RGPD).

Le mĂ©tier de DPO est donc rĂ©gi par des obligations lĂ©gales rĂ©glementĂ©es par l’article 37, 38 et 39 du RGPD, notamment celles de rĂ©pertorier et de suivre l’évolution des donnĂ©es personnelles dĂ©tenues par l’organisation. 

La dĂ©signation est fortement conseillĂ©e, mais pas systĂ©matique et obligatoire (sauf quelques exceptions) : parfois, dans le cadre d’une TPE, c’est le dirigeant qui assume cette fonction. A d’autres occasions, elle est externalisĂ©e.

Un rĂ´le connu de tous

Cette fonction est rĂ©pertoriĂ©e publiquement : chaque utilisateur doit pouvoir savoir Ă  qui s’adresser pour exercer ses droits sur ses donnĂ©es personnelles.

La fonction de RSSI n’est pas rĂ©glementĂ©e, mais elle est essentielle : on le sait, la question n’est pas de savoir si les systèmes informatiques de l’entreprise vont ĂŞtre piratĂ©s, mais de savoir quand. 

Pour le RSSI, il est donc crucial de protĂ©ger le système et les donnĂ©es – dont les donnĂ©es personnelles : nom, prĂ©nom, contacts, suivis des Ă©changes Ă  l’extĂ©rieur (clients, fournisseurs, partenaires), comme en interne (salariĂ©s, mandataires sociaux…)

La protection des donnĂ©es globales et celles des donnĂ©es personnelles sont donc fortement imbriquĂ©es. Le RSSI a cependant un champ d’action plus vaste que celui du DPO, mais ce dernier doit remplir des obligations rĂ©glementaires plus complètes et fortement encadrĂ©es par la loi.

Quelques chiffres

94% des DPO déclarent travailler avec le RSSI ou l’équipe technique et 75% des RSSI déclarent travailler avec les DPO de leur entreprise.

DPO et RSSI : six axes de collaboration

1. Constituer et maintenir Ă  jour le registre des traitements SSI

La notion de cartographie des systèmes et des traitements (c’est-Ă -dire toutes les utilisations des donnĂ©es et toutes les personnes ayant Ă  manier des donnĂ©es) est la base d’une politique de sĂ©curitĂ© efficace. Elle doit ĂŞtre tenue Ă  jour aussi bien que la liste des licences logicielles, par exemple. 

Mission première du RSSI, elle sert aussi au DPO pour Ă©tablir son registre des traitements. Il doit vĂ©rifier leur licĂ©itĂ© : le traitement d’une donnĂ©e doit ĂŞtre justifiĂ© par un usage professionnel normal, limitĂ© dans le temps, et respecter les bons usages. Il suit Ă©galement au jour le jour les autorisations d’accès et de maniement attribuĂ©es Ă  tel ou tel service ou collaborateur.

Le RSSI activera Ă©galement les traitements relatifs aux accès et Ă  l’authentification, ainsi que les systèmes de sĂ©curisation qu’il aura choisis – notamment le chiffrement des donnĂ©es.

2. Documenter les mesures de sécurité de tous les traitements

Chaque modification du traitement et des personnes ayant droit d’en connaĂ®tre doit ĂŞtre rĂ©pertoriĂ©e. 

Le registre prĂ©cise aussi les mesures planifiĂ©es d’amĂ©lioration de la sĂ©curitĂ©, mĂŞme si elles ne sont pas encore opĂ©rationnelles.

Le RSSI aura pour mission d’optimiser techniquement les mesures de sĂ©curitĂ© qu’il aura choisi de mettre en place. Pour cela, il a un rĂ´le de veille permanente.

3. RĂ©aliser l’Ă©tude d’impact des risques sur la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es 

L’Ă©tude d’impact est une des phases initiales clĂ©s de la dĂ©marche de protection des donnĂ©es personnelles. Elle participe Ă  l’Ă©valuation de la licĂ©itĂ© des traitements (leur justification lĂ©gale) en Ă©cartant notamment toute manipulation inutile ou trop intrusive. 

Le DPO lui donne la prioritĂ© dès lors que la cartographie des systèmes et des traitements est finalisĂ©e. Le RSSI la complète par l’Ă©valuation des risques (de fuite, de modification, de perte…).

4. Constituer le registre des incidents ou violations des données

Le RSSI apporte un soin particulier Ă  dĂ©tecter les tentatives d’attaque de ses systèmes, Ă  les gĂ©rer au plus vite, puis Ă  les analyser et documenter. 

La responsabilitĂ© du DPO va un cran plus loin : l’article 33-1 du RGPD lui impose de signaler Ă  la CNIL (Commission Nationale Informatique et LibertĂ©s) toute violation de donnĂ©es personnelles – sous 72 heures après en avoir eu connaissance.

L’oubli de cette notification est un facteur aggravant les sanctions administratives imposĂ©es Ă  l’entreprise – qui peuvent aller jusqu’Ă  2% du CA annuel.

5. S’assurer de l’application des principes de « privacy by design » et de « privacy by default » dans les projets

Dans l’idĂ©al, la notion de sĂ©curisation doit ĂŞtre imaginĂ©e dès la conception des systèmes. 

RĂ´le essentiel du RSSI, la sĂ©curitĂ© conçue dès l’architecture du système est en effet plus efficace et moins laborieuse que l’application de « patches » multiples, après coup.

L’utilisateur ne doit pas avoir Ă  activer un système de sĂ©curitĂ© : dans la mesure du possible, ce dernier doit ĂŞtre installĂ© et dĂ©clenchĂ© par dĂ©faut – comme un système de chiffrement dit « transparent ».

Le DPO profitera de cette disposition puisque ses utilisateurs de donnĂ©es personnelles bĂ©nĂ©ficieront Ă©galement de protection native sans mĂŞme s’en apercevoir.

6. Piloter, superviser et contrĂ´ler les risques

DPO et RSSI sont tous deux concernés par le suivi et le pilotage des risques liés à la mise en œuvre de la politique de protection des données

Que ce soit d’un transfert, du recours Ă  un sous-traitant ou d’un accès par un tiers, tout maniement des donnĂ©es doit faire l’objet d’une surveillance a priori, voire d’un encadrement. 

Cela reste la responsabilitĂ© du DPO de vĂ©rifier le respect du RGPD par les sous-traitants et  prestataires (cabinet comptable et d’audit, cabinets de recrutement, banques,…) Un contrat avec ces tiers doit ĂŞtre Ă©tabli (ou amendĂ©) et mentionner la sĂ©curisation des donnĂ©es utilisĂ©es par chacun en fonction de son accès Ă  des donnĂ©es personnelles issues du client. Il est recommandĂ© d’insĂ©rer des clauses de responsabilitĂ© et/ou de pĂ©nalitĂ©s si le niveau de sĂ©curitĂ© n’est pas optimal.

Il est indispensable d’instaurer des bonnes pratiques à appliquer et de sensibiliser les collaborateurs, voire les former à la sécurité des échanges de données.

Les missions du DPO et du RSSI se complètent et s’enrichissent mutuellement. Ils ne sont pas pour autant interchangeables : le champ d’action du RSSI est plus large et plus technique, celui du DPO est centrĂ© sur la donnĂ©e personnelle et assorti d’obligations et de responsabilitĂ©s lĂ©gales.